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Au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris

 "A qui appartenaient ces tableaux ?"

25 juin- 26 octobre 2008

La politique française de recherche de provenance, de garde et de restitution des œuvres d’art pillées durant la Seconde Guerre mondiale

Cette exposition qui se tient au Musée d’Art et d’histoire du Judaïsme à Paris [1] nous montre 53 œuvres faisant partie des "Musée nationaux Récupération" (MNR) et dont on n’a, pour la plupart d’entre elles, pas retrouvé les propriétaires.

En attendant de les retrouver peut-être, elles sont généralement exposées dans des musées.

Il y aurait ainsi 2000 œuvres non "réattribuées" sur 60000 récupérées.

Les conditions dans lesquelles ces œuvres ont été obtenues par les nazis vont de l’achat classique à l’achat forcé, en passant par la confiscation pure et simple et le vol.

Tout cela est donc assez compliqué et des marchands d’art français ont été punis à la libération pour avoir "travaillé" avec les allemands. Il existe, en fait, de nombreux cas de figure.

Quand les nazis prenaient, ils prenaient tout, mais après il leur arrivait de se rendre compte que dans le lot, il y avait des "artistes dégénérés" (selon eux) et ils faisaient tout pour les échanger ensuite.

C’est ainsi qu’ils ont restitué de nombreux Matisse et Picasso !

Voir ci-dessous ce chef-d’oeuvre de Vlaminck (cliquer sur le chiffre pour en avoir l’historique) [2] :

Ici était une photo de tableau, retirée à la fin de l’exposition (droits d’auteur).

Toute cette organisation devait également servir à Hitler pour meubler le gigantesque (plus grand que le Louvre !) musée qu’il avait l’intention de faire construire à Linz...

Toujours est-il que cette exposition, en plus d’une éventuelle prise de conscience, nous donne aussi l’occasion de voir quelques chefs-d’œuvre.

En voici quelque uns :

Un très beau Pieter de Hooch [3]

(JPEG)
La Buveuse
Pieter de Hooch Toile. 69 x 60 cm Paris, musée du Louvre, département des Peintures © Photo Rmn - Gérard Blot

Un splendide Monet [4] :

(JPEG)
Neige au soleil couchant
Claude Monet Toile. 43 x 65 cm Signé en bas à gauche : Claude Monet Rouen, musée des Beaux-Arts © Photo Rmn - René-Gabriel Ojéda

Enfin, je voudrais dire que ce musée est très agréable, les expositions intéressantes, bien illustrées (par exemple, il y a ici un documentaire qui explique bien les mécanismes complexes des différentes formes de spoliation).

Une expo à voir donc, vous avez jusqu’au 26 octobre 2008 !

[1] Accès

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris Téléphone : (33) 1 53 01 86 60 Métro : Rambuteau, Hôtel de Ville Bus : 29, 38, 47, 75 RER : Châtelet-Les Halles Parking : Pompidou, Beaubourg, Hôtel de Ville, Baudoyer À 300 mètres du Centre Pompidou

Horaires :

Du lundi au vendredi : 11 h 00 à 18 h 00 Dimanche : 10 h 00 à 18 h 00 Fermeture des caisses à 17 h 15 Fermé le samedi

Le musée sera ouvert le lundi 14 juillet et le vendredi 15 août 2008.

[2] Historique En 1906, ce Vlaminck a été présenté au 22e Salon des Artistes indépendants (no 5100). À la fin de l’Occupation, le tableau faisait partie du stock du marchand d’art Gustav Rochlitz, qu’il fit transférer en Allemagne. Il fut retrouvé à Meersbourg en octobre 1945, dans un ensemble de 31 oeuvres, considérées tout d’abord comme « semblant provenir de chez Bernheim Jeune ». Le 7 décembre suivant, Rose Valland, envoyée à Constance, distingue les six oeuvres provenant de chez Bernheim et cédées à Rochlitz par l’ERR, des autres. Le tableau est rentré en France par le 3e convoi de Baden-Baden (arrivé à Paris le 8 ou le 9 janvier 1948). Le 1er juillet 1953, Gustav Rochlitz s’adressa au Haut commissaire de la République française en Allemagne, afin de récupérer les biens qu’il avait envoyés en Allemagne pendant l’Occupation et qui étaient retournés en France ; dans son argumentaire, il affirmait qu’il s’agissait d’achats antérieurs à la guerre. Sa demande n’aboutit pas. Le tableau fut attribué aux Musées nationaux (musée national d’Art moderne) en 1951, par arrêté du ministre de l’Éducation nationale. Du 20 novembre 1998 au 15 décembre 1999, l’oeuvre fit partie de la présentation inaugurale des collections du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

[3] Historique Ce tableau a été acquis après 1898 par Alphonse de Rothschild (1827-1905) ; saisi par les autorités d’occupation dans les collections d’Édouard de Rothschild (1868-1949), fils d’Alphonse, il a été transféré en Allemagne et a figuré dans les collections d’Hermann Goering (RM no 1005) ; transféré, après la chute du Reich, avec l’essentiel de la collection Goering au Central Collecting Point de Munich (no 6767) ; retourné à la France et restitué à ses propriétaires, il a figuré en 1946 à l’exposition de l’Orangerie, Les Chefs-d’oeuvre des collections privées françaises retrouvées en Allemagne par la Commission de récupération artistique et les services alliés, sous le numéro 85. Mme Gregor Piatigorsky, née Jacqueline de Rothschild, fille d’Édouard, en a fait don au musée du Louvre en 1974. Les collections des Rothschild ont fait l’objet de saisies systématiques par les différents services allemands, et en tout premier lieu par l’ambassade d’Allemagne. La quasi-totalité a pu être restituée à leurs propriétaires légitimes après la guerre.

[4] Historique Ce tableau de Monet figure sous le no 22 dans le catalogue de la vente « S. et S. », qui s’est tenue à la galerie Georges Petit, à Paris, le 9 juin 1932. Dans son catalogue raisonné publié en 1974, Daniel Wildenstein indique qu’il s’agit là de la vente « Silberger » ; dans la nouvelle édition de 1996, il corrige le nom du vendeur en Silberberg, qui correspond à Max Silberberg, un industriel de Breslau, collectionneur d’art du XIXe siècle, mort en déportation. D’après l’étude Loudmer à Paris, héritière de l’étude Bellier qui assura la vente, les procès-verbaux de cette vente n’auraient apparemment pas été conservés : un catalogue annoté en possession de l’étude Loudmer mentionne une adjudication du Monet pour 60 000 F à un « Benedict de Chollet », personnage non identifié pour l’instant. D’autres pistes sont ouvertes par les archives de la galerie Feilchenfeldt, qui indiquent que le tableau aurait été adjugé à Bellier pour le prix de réserve mais qu’il figure aussi sur la liste des huit tableaux qui ne furent pas vendus et retournèrent à leur propriétaire (d’après une communication écrite de Walter Feilchenfeldt du 21 octobre 2000 au musée d’Orsay). Par ailleurs, deux oeuvres de la vente de 1932 figurent également dans une vente organisée par Paul Graupe à Berlin le 23 mars 1935 : La Poésie, de Corot, et un dessin de Van Gogh. Cette vente a fait l’objet d’une attention toute particulière puisque des recherches récentes ont montré qu’elle comprenait des oeuvres de la collection de Max Silberberg. Le dessin de Van Gogh, L’Olivette, a été restitué aux ayants droit Silberberg. Une autre oeuvre passée à cette vente, Boulevard Montmartre, printemps, par Pissarro, est aujourd’hui conservée au musée d’Israël, à Jérusalem : en 1999, le caractère forcé de cette vente à été établi grâce à des archives allemandes et la propriété de l’oeuvre a été reconnue aux ayants droit de Max Silberberg, qui, après négociation, ont consenti un prêt de longue durée de cette oeuvre au musée d’Israël. Or, un Monet figure bien aussi au catalogue de la vente de 1935 sous le no 57 et sa désignation correspond à un paysage de neige puisqu’il s’intitule « Winterlandschaft » ; cependant, la reproduction qui figure dans le catalogue montre qu’il s’agit d’un tableau différent du MNR 1002 présenté ici.

le 28 juillet 2008
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